Décaissement accéléré du REER : une bonne stratégie pour vous?
Découvrez comment des retraits anticipés peuvent réduire vos impôts à long terme – et si cette approche de planification de la retraite vous convient
30 mars 2026

Au Canada, on sait épargner. Depuis des décennies, le REER est au cœur de la planification de la retraite, et pour cause : les cotisations réduisent le revenu imposable, et les placements qui s’y trouvent fructifient à l’abri de l’impôt pendant des années. Pour les gens qui ont cotisé assidûment, le REER est probablement l’un des actifs les plus importants.
Sauf que si on pense beaucoup à comment cotiser, on ne s’attarde pas assez à comment retirer. Et c’est souvent un problème, parce que votre REER vient avec des obligations fiscales : chaque dollar sera imposé comme un revenu à sa sortie. Ça veut dire que votre REER ne vous appartient pas à 100 %. L’ARC en détient une part qui dépend entièrement de combien et quand vous retirez.
Pensez-y : si votre taux marginal d’imposition à la retraite atteint 40 %, sur chaque tranche de 100 000 $ dans votre REER, environ 40 000 $ appartiennent en réalité au gouvernement. Comme les retraits sont du revenu imposable, il faut les planifier judicieusement pour s’assurer qu’on ne paie pas plus d’impôt que nécessaire. Et ça veut dire penser stratégiquement au moment et à la façon dont on puise dans son REER. Voilà la logique derrière la stratégie de décaissement accéléré du REER.
Pour bien s’y prendre, il faut regarder l’ensemble du tableau, c’est-à-dire toutes vos autres sources de revenus, vos prestations gouvernementales, l’évolution de votre palier d’imposition et même votre plan de succession. Cet exercice vous appartient, mais nous sommes là pour vous expliquer le concept et vous aider à trouver ce qui vous convient.
Le décaissement accéléré du REER, c’est quoi?
Le décaissement accéléré, c’est retirer des fonds de son REER plus tôt et de façon plus stratégique qu’on ne le ferait normalement, dès la fin de la cinquantaine ou au début de la soixantaine.
Au plus tard à la fin de l’année des 71 ans, le REER doit être converti en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). Ce type de compte vient avec des obligations de retraits : un minimum doit être retiré annuellement, et ce pourcentage augmente d’année en année.
Ces retraits obligatoires s’ajoutent à tout le reste de vos revenus imposables : le Régime de pensions du Canada (RPC), la Sécurité de la vieillesse (SV), les régimes de retraite d’employeur, les revenus de placement dans des comptes non enregistrés, etc. Ensemble, toutes ces sources de revenus peuvent vous faire basculer dans des paliers d’imposition supérieurs. Elles peuvent aussi vous exposer à l’impôt de récupération de la SV, par lequel le gouvernement récupère une partie de vos prestations si vos revenus dépassent un certain seuil. Pour l’année d’imposition 2025, ce seuil est de 93 454 $.
Le décaissement accéléré vise à éviter cette accumulation de revenus imposables. Plutôt que de laisser le REER fructifier jusqu’à 71 ans et de se retrouver avec des retraits obligatoires plus élevés, on commence à puiser dedans bien avant l’échéance, dès qu’on arrête de travailler, quand le revenu est naturellement plus bas.
Certes, laisser l’argent dans le REER lui permet de continuer de fructifier à l’abri de l’impôt, et ce n’est pas rien. Mais dans les faits, les chiffres donnent souvent raison aux retraits anticipés : l’impôt économisé pendant les années à faible revenu dépasse généralement ce qu’on gagnerait à laisser fructifier une somme qui reviendra de toute façon en partie au gouvernement.
En retirant des fonds plus tôt et en profitant pleinement de votre palier d’imposition plus bas pendant ces années, vous pouvez réduire l’impôt total que vous paierez sur ce capital au bout du compte. Dans certains cas, les sommes ainsi retirées peuvent ensuite être versées dans un compte d’épargne libre d’impôt (CELI), où elles continueront de fructifier à l’abri du fisc. Elles pourront être retirées plus tard sans affecter votre revenu imposable ni compromettre votre admissibilité à la SV.
Comment ça marche?
Prenons deux cas fictifs pour illustrer le concept. Nadia et Martin ont 60 ans, viennent de prendre leur retraite et ont chacun 1 million de dollars dans leur REER. Supposons aussi que leur REER est entièrement en liquidités (pas la meilleure stratégie de placement, mais ça simplifie l’exemple).
Nadia touche le RPC et la SV dès qu’elle y est admissible. Elle commence à recevoir le RPC à 60 ans et la SV à 65 ans, acceptant une prestation réduite en échange de ces rentrées d’argent immédiates. Son REER reste intact jusqu’à ce qu’elle le convertisse en FERR à 71 ans. Avec ses retraits du FERR, son RPC, sa SV et ses autres sources de revenus (régimes de retraite et autres), elle risque de se retrouver dans un palier d’imposition supérieur. Et la situation pourrait se corser si ses revenus dépassent le seuil de récupération de la SV dont on a parlé, auquel cas elle devrait en rembourser une partie au gouvernement.
Martin adopte une approche différente. Il reporte le RPC et la SV à 70 ans, ce qui lui donnera droit à une prestation mensuelle plus élevée. Entretemps, il commence à effectuer des retraits réguliers de son REER dès 60 ans, disons 50 000 $ par année. Comme il n’a pas de revenu d’emploi et n’a pas encore commencé à recevoir ses prestations gouvernementales, son revenu imposable est bas, ce qui signifie que ces retraits du REER sont imposés à un taux marginal plus faible. À ses 70 ans, Martin a réduit considérablement son solde de REER, et surtout, il a payé l’impôt sur ses retraits anticipés pendant ses années à faible revenu. Ses prestations bonifiées du RPC et de la SV commencent, et comme son solde de FERR est relativement bas, ses retraits obligatoires pèsent moins lourd sur le plan fiscal. Son revenu total a plus de chances de rester sous le seuil de récupération de la SV, ce qui lui permet de conserver une plus grande part de ses prestations gouvernementales.
Le constat : Dans notre scénario fictif, le retrait obligatoire du FERR de Nadia à 72 ans serait de 54 000 $, contre 21 600 $ pour Martin – un écart qui tient uniquement à l’ordre et au moment des retraits. Même point de départ, résultats complètement différents.
Il faut souligner que les situations de Nadia et Martin sont très simplifiées. Dans la vraie vie, les variables se multiplient : un conjoint avec ses propres revenus et prestations, des comptes de placements non enregistrés, la vente d’une résidence secondaire, des taux de rendement variables, des changements à la législation fiscale… C’est précisément cette complexité qui justifie de travailler avec un·e spécialiste en planification financière, qui pourra modéliser les scénarios propres à votre situation.
Le décaissement accéléré, une bonne stratégie pour vous?
La réponse courte : ça dépend. Il n’existe pas de stratégie de retrait universelle qui convienne à tout le monde. L’approche idéale dépend de votre état de santé, de vos sources de revenus, de la situation financière de votre partenaire, de votre tolérance au risque et de la façon dont vous souhaitez léguer votre patrimoine.
Cela dit, tout le monde aurait avantage à réfléchir plus tôt à ses retraits de REER. Le décaissement accéléré n’a rien d’extrême; c’est une technique bien connue des professionnel·les de la finance. Le problème, c’est que trop de gens à la retraite laissent leur REER intact par défaut, simplement parce qu’ils ne savent pas qu’il existe une autre façon de faire.
Si vous approchez de la retraite, disons dans les dix prochaines années, et que vous avez accumulé des économies importantes dans votre REER, ça vaut la peine d’en parler avec votre conseiller ou conseillère. Demandez-lui de modéliser ce que pourrait donner un décaissement anticipé dans votre cas, et comment il interagirait avec votre RPC, votre SV et vos autres sources de revenus.
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